RISLC-Spécial 3
MONOGRAPHIE RISLC SPÉCIAL n°03, Juin 2025 [pour télécharger]
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NUMERO SPECIAL
Préface
Déjà connue, au 18 è siècle, en France grâce au Dictionnaire de la langue française d’Emile Littré (1873-1877), la parémiologie avait amorcé son développement international par les travaux de l’Américain Archer Taylor (1890- 1973), l’auteur de The Proverb (1931), du Français François Suard (1984) et de l’ethnologue et linguiste belge François- Marie Rodegem (1919- 1991).
Fondée à partir du mot « parémie» issu du grec ancien paroimia, signifiant « proverbe », et étant un terme générique qui comprend diverses formes d’expression populaires comme le proverbe et les genres apparentés (adage, sentence, dicton, etc.), la parémiologie est définie par Emile Littré (1801- 1881) comme « l’étude des proverbes et des expressions proverbiales ». En linguistique, elle désigne la branche dédiée à l’étude des proverbes et expressions proverbiales.
Pour l’essentiel, il convient de dire que la Parémiologie est une discipline qui a pour objet l’étude des proverbes et expressions associées comme l’adage, l’aphorisme, le dicton, la maxime, etc.
Cependant, à l’université, au Département de Lettres Modernes, la Littérature Orale est l’une des disciplines enseignées, et les enseignements dispensés portent, d’une part, sur les genres littéraires longs parmi lesquels il y a le conte, le mythe, l’épopée, la chanson (par exemple) et, d’autre part, sur les genres courts dont le principal, sinon le porte – étendard, est le proverbe.
Pendant la dispensation de mes cours de Parémiologie (des cours théoriques et des cours praxiques ou pratiques), et à la lumière d’essais de définition et de travaux de recherche que j’ai consultés, j’ai constaté que, nonobstant sa brièveté, le proverbe que j’ai appris à distinguer des autres genres brefs qui lui sont apparentés, très souvent imagé, est formulé à partir de l’expérience ou de l’observation des hommes, de leurs faits et gestes, ainsi que de tout ce qui se trouve dans la nature ( les bêtes, les végétaux, les choses, etc.).
Cette base expérimentale lui confère un caractère véridique. En effet, contrairement au dicton dont la vérité est bien souvent locale, le proverbe énonce une vérité d’ordre général ou universel, a priori en conformité avec la culture et les idéologies des peuples qui l’ont formulé et en font usage, et ce fait assure sa pérennité et son intemporalité.
En outre, la brièveté du proverbe, l’image qu’il porte et qui fait de lui une métaphore, et la vérité, bien souvent incontestable, qu’il porte, facilitent son insertion dans toutes les formes de communication orale ou écrite. C’est en vertu de ces caractéristiques et ces qualités que, parti de la parémiologie en tant que discipline prioritairement linguistique ayant pour objet d’étude les proverbes et les expressions apparentées, j’en suis arrivé à la Parémiologie, en tant que science humaine et sociale, qui a le proverbe pour objet d’étude.
Bénéficiant de l’onction de Professeur Paulin ZIGUI Koléa, mon Maître, et soutenu par des collègues de l’Unité pédagogique (UP) de Littératures Orales, j’ai fait de la Parémiologie, nouvelle version, une nouvelle discipline intégrée à la Littérature Orale, enseignée dans des universités publiques ivoiriennes, en général, et à l’Université Alassane OUATTARA (à Bouaké),en particulier.
Appréciant l’œuvre de leur Maître, certains de mes disciples, soutenus par des collègues de Côte d’Ivoire et d’Afrique occidentale (notamment), ont décidé de me rendre hommage en écrivant un ouvrage collectif portant sur : « La Parémiologie au carrefour du Droit, des Arts et des Sciences sociales ».
Pour ma part, je tiens à témoigner ma reconnaissance, d’abord à Dr SENY Ehouman Dibié Besmez, l’initiateur du projet, ensuite à tous mes collègues, enfin à mes disciples qui, accordant un intérêt particulier à la Parémiologie en tant que science humaine et sociale, ont contribué à la création de cet ouvrage hommage.
Puisse ce livre faire connaître la Parémiologie en Côte d’Ivoire, en Afrique et dans le monde, et faire la promotion des proverbes, en général, et ceux d’Afrique, en particulier.
Professeur Jérôme KOUADIO Yao,
Dr d’Etat ès Lettres et Sciences Humaines,
Pr Titulaire de Littérature Orale,
Président de l’Association Internationale, des Parémiologues ( ASSIP), Chevalier de l’Ordre du Mérite
de l’Education Nationale de la Côte d’ivoire
Introduction
Quel rapport existe-t-il entre la parémiologie, le droit, les arts, les sciences humaines et les sciences sociales ? Telle est la question centrale à laquelle répond cet ouvrage collectif qui analyse l’aspect multidisciplinaire et la capacité de cette science à être le creuset d’autres domaines de connaissances, dans la transmission des outils de socialisation, de formation et de cohésion des peuples.
En tant qu’une production culturelle faisant partie de la littérature orale, la parémie constitue, en effet, une source d’inspiration de certains auteurs de la littérature écrite. Les travaux pionniers d’auteurs comme Mohamadou Kane, Georges NGAL, Alain Joseph SISSAO et Yao Jérôme KOUADIO en attestent les modalités de réalisation. Par ailleurs, face à la nécessité d’un retour aux sources revendiqué dans les espaces francophones par Djibril Tamsir Niane, Lilyan Kesteloot, Patrick Chamoiseau, Nassur Attoumani, etc. se dresse une tendance portée sur l’arrimage de la matière littéraire orale à la modernité avec Achille Mbembe, Kamel Daoud, Fatou Dioum, recommandant le recours aux nouvelles techniques d’information et de communication comme Twitter, devenu X depuis juillet 2023, Instagram, WhatsApp et bien d’autres technologies numériques.
Les bouleversements sociopolitiques et économiques que traversent les sociétés africaines francophones ont, en effet, ouvert le champ de la littérature orale, en général, et de la parémie, en particulier, à d’autres domaines de connaissances, redynamisant ainsi les produits textuels oraux sous les formes de « reprise », de « remodélisation », de « variabilité » et de « créativité » inspirées par les travaux de Ursula Baumgardt et Jean Derive.
C’est fort de cette capacité de la parémiologie à fédérer ces divers domaines de connaissances dans l’optique de contribuer à la construction de l’être humain que les auteurs du présent ouvrage, SENY Ehouman Dibié Besmez, BORO Boukary et KOUAKOU Brigitte Charleine Bosson, épouse BARRAU, ont décidé de mener leur étude sur « La parémiologie au carrefour du droit, des arts, des sciences humaines et sociales ». Le présent ouvrage réunit vingt-deux (22) contributions d’Enseignants-chercheurs de différents pays, réparties en quatre (4) axes construits sous la forme de parties, à savoir :
- La parémiologie, la littérature et les arts (fictions, roman, musiques, contes, proverbes, mythes, épopées, légendes, théâtre, cinéma, peinture, poésie, etc.) ;
- La parémiologie, une science trans- à l’ère du numérique ;
- La parémie, élément de didactique et de pédagogie traditionnelle dans le monde contemporain ;
- La parémiologie et Droit de l’homme.
La première partie de l’ouvrage mobilise les genres oraux que sont le conte, le proverbe et la chanson, ainsi que le genre théâtral pour explorer le vécu des humains dans les sociétés africaines en proie à la morne réalité existentielle et aux soubresauts socio-politiques à travers le parcours du personnage de l’enfant et celui de tout autre personnage des récits ou énoncés convoqués dévoilant le destin de l’homme noir. Peignant ainsi le tableau du drame existentiel, ces contributions invitent à une consolidation identitaire et à une socialisation fondée sur la communication du savoir ancestral et l’éducation à l’acquisition des valeurs qu’il promeut.
Cette partie totalise sept (7) contributions et s’ouvre sur l’étude de Mbaye THIAO qui porte sur le proverbe seereer qu’il présente comme le fruit des expériences de l’imaginaire collectif et de l’aventure de la communauté seereer où sont consignés les acquis moraux à travers leur formulation qui, tout en s’appuyant sur le référent culturel, met l’homme dans diverses « situations de vie ». Sa contribution s’est attelée à montrer que le miroir parémique donne à voir un spectacle où l’homme, pris dans les filets du destin, se bat et se débat pour vivre, survivre ou mourir bien. Toutes choses qui démontrent, à suffisance, la théâtralité du proverbe où se trouve mis en scène le destin de l’homme.
Cheick Idrissa BERTÉ, lui, a choisi de mener une étude qui se propose d’explorer les contours narratifs des contes ivoiriens, par la saisie du parcours du personnage de l’enfant. Il souligne que la densité figurative du conte ivoirien dote l’intrigue d’indices et de mobiles capables d’aider à pister les différents flux comportementaux qui éclairent l’ensemble du dispositif narratif et assurent la vitalité du conte et garantissent l’identité. L’analyse menée dans sa contribution désigne le récit comme l’étape d’un sentier fragmenté d’expériences, de discours, de gestes et de faits qui ont mis en récit le vivre-ensemble. Il précise, par ailleurs, que les défauts de l’enfant-héros deviennent, dans ce décor structurel, une invitation au respect des principes vitaux et à la culture des valeurs qui survivent au passage de l’être.
Les proverbes ivoiriens en tant qu’ivoirismes de sens est le sujet qu’a choisi de développer Kouassi KPANGUI. Selon cet auteur, en Côte d’Ivoire tout comme en Afrique noire, le proverbe est l’expression de la sagesse, de l’expérience et de la philosophie d’une ethnie donnée. Parole de sagesse, le proverbe, en tant qu’un outil par lequel, dans le monde traditionnel africain et ivoirien, l’on enseigne, éduque et conseille les membres des communautés, contient une vérité que ni le temps, ni les circonstances ne peuvent altérer. Il est donc nécessaire, souligne l’auteur, de l’écouter afin de le cerner et le comprendre. Il porte, principalement, son analyse sur les proverbes ivoiriens énoncés par les différentes ethnies ivoiriennes qu’il considère comme des « ivoirismes », plus précisément des « ivoirismes sémantiques » ou « ivoirismes de sens ». Pour lui, les ivoirismes se définissent comme les traits caractéristiques du français pratiqué en Côte d’Ivoire. Dans cette contribution, l’analyste se donne pour objectif de débusquer le sens caché des proverbes que les traditionalistes, les notables du village appelés « anciens » et autres chefs traditionnels citent toujours, en rapport avec un contexte bien déterminé.
Pour sa part, Yaya Sédar GOUDIABY montre, à la lumière de son analyse, que l’histoire du monde, en général, et du continent africain, en particulier, est faite de soubresauts socio-politiques qui les ont longtemps mis dans une situation d’asservissement. De l’esclavage à la colonisation, l’homme noir ayant connu des moments douloureux, le théâtre devient, ainsi, selon l’auteur, un moyen par lequel les Africains vont mettre en exergue leurs exaspérations, leurs révoltes face à l’oppression du Blanc. Il fait remarquer, par la suite, que dépossédés de leurs attributs culturels, les peuples africains font du théâtre une source de reconquête de leurs identités anéanties. Il considère, du reste, le combat enclenché par les dramaturges noirs comme une façon, pour eux, d’aider les peuples à s’émanciper. S’appuyant sur Aimé Césaire qui fait de l’art théâtral un cadre propice aux luttes des peuples asservis, l’étude de cet auteur fait ressortir les revendications sociales et politiques des populations soumises soit à l’esclavage soit à la colonisation par l’Occident.
L’analyse de Honoré Kouassi N’GORAN explore, quant à elle, la dimension éducative de l’art musical et de la littérature orale dans les sociétés africaines. Elle met en lumière le rôle fondamental des genres oraux, notamment le conte, le proverbe et la chanson qui, au-delà des caractéristiques esthétiques et de divertissement, constituent de véritables canaux de transmission des savoirs, de valeurs morales, civiques et culturelles. Bien qu’étant des outils de communication traditionnels, ceux-ci s’adaptent, de l’avis de l’auteur, aux réalités contemporaines et participent à la socialisation des individus, à la consolidation identitaire et à la formation de la cohésion des peuples. Ainsi, ces patrimoines immatériels qui mêlent tradition et modernité face aux dynamiques contemporaines se portent, dans cette contribution, comme des leviers puissants dans le processus d’apprentissage et de transmission des cultures.
L’étude de Moussa COULIBALY, quant à elle, part du postulat que les peuples procèdent par des procédés discursifs pour faire comprendre et/ou enseigner certaines valeurs communautaires. Dans leur mode de pensée et dans la transmission de nombre de valeurs sociétales, ces peuples recourent à des énoncés linguistiques appelés proverbes relevant des éléments de sagesse et de connaissance populaires au fil des siècles. Composante d’un « Trésor » public de conseils empiriques accumulés au fil du temps par la « sagesse populaire » », les proverbes sont considérés comme des productions linguistiques assez particulières de portée didactique et pédagogique. Il en est ainsi des énoncés proverbiaux étudiés dans cette contribution et qui constituent des maximes linguistiques utilisées afin d’interpréter les faits de la vie. Ces proverbes, mettant en relief des arguments implicites, ont, ajoute-t-il, un rôle argumentatif et un intérêt stylistique avérés et pertinents. C’est justement pour cette raison que la communauté mandingue confirme le recours presque systématique à ce type d’argument pour appuyer sa vision et ses projets argumentatifs. S’inscrivant dans une perspective socio-linguistique, la présente contribution rend compte de la portée pédagogique, didactique voire pragmatique de quelques proverbes tirés du fond culturel de ce peuple.
Consacrant leur étude sur les implicatures dans l’énoncé parémique « Quand le palmier meurt, l’amitié prend fin », Abraham GBOGBOU et Kouadio Hyppolite TOUMAN présentent, pour leur part, le proverbe comme un énoncé symbolique qui véhicule la sagesse des peuples géniteurs. À partir des méthodes d’enquête sur le terrain ethnolinguistique et pragmatique, ces auteurs ont collecté et analysé cet énoncé parémique. Adossée à la notion de l’implicature, leur analyse vise à montrer que l’énoncé parémique considéré interdit les contre-valeurs et véhicule des valeurs susceptibles de moraliser les individus et de créer l’harmonie sociale.
La deuxième partie de l’ouvrage présente quelques aspects de la parémiologie faisant d’elle une science trans- dans un monde désormais guidé par le recours aux nouveaux moyens d’information et de communication. Elle mobilise des contributions qui réactualisent le discours oral dans la création littéraire à travers une analyse sémantique et pragmatique dans la stratégie de communication, ou une enquête sur les mutations du texte oral avec l’entrée des TIC, de la néo-oralité et des formes d’obédience urbaines de la littérature orale, ou encore une étude de l’intertexte parémique dans les productions littéraires.
Cette étape de l’ouvrage compte trois (3) articles et débute par la contribution de Egni Stéphane Dieudonné ENIGNI. Ce contributeur atteste que l’analyse des figures de style s’inscrit désormais dans des perspectives énonciatives et pragmatiques, interrogeant les conditions de leur emploi et effet discursif. De ce fait, en se fondant sur les approches sémantique et pragmatique, l’auteur mène une étude visant à clarifier le mode d’application de la paronomase dans la construction de sens et son rôle discursif dans les antiproverbes spontanéistes allemands. Son étude montre que la paronomase s’applique au plan sémantique, tant par les mécanismes de reproduction phrastique, lexicale et conceptuelle que par un procédé de substitution lexicale. Au plan pragmatique, note-t-il, elle joue un rôle de modalisateur et d’outil efficace pour le rendement discursif.
En ce qui concerne Mafiani N’Da KOUADIO, il constate, dans son analyse, que force est d’enregistrer, aujourd’hui, le délaissement du mode de communication qui s’appuie, essentiellement, sur des éléments tirant leur valeur du fond culturel local. Cet état de fait est dû, en fait, à l’introduction, dans cet univers, des Technologies de Information et de la Communication (TIC). Cet auteur montre, par ailleurs, que ces nouveaux canaux révolutionnent le monde de l’audio-visuel au point de rendre notre espace existentiel, un véritable village planétaire, hypnotisant tout sur leur passage.
Cette étude qui s’appuie sur les ressources de la sociocritique et des données psychologiques et sociologiques, atteste qu’en état de léthargie actuellement, la communication traditionnelle doit considérer l’avènement des TIC comme une véritable opportunité, en tenant compte des nombreux avantages qu’elles proposent à l’humanité. En clair, l’on peut considérer les TIC comme une réelle chance pour la communication traditionnelle qui doit recourir aux TIC caractérisées par leur grande accessibilité et la densité des réseaux sociaux qui en découlent comme les sites web, Youtube, WhatsApp, etc., comme un véritable instrument de conservation et de diffusion de ces genres anciens en berne, contribuant ainsi à leur survie.
Ehouman Dibié Besmez SENY, lui, se propose de mener une réflexion sur l’intertexte, une création littéraire facilitant le rebondissement et l’enchainement des idées d’un auteur. Il porte l’objet de son investigation sur l’intertexte parémique à partir de l’analyse des proverbes imprimés dans les contes wolofs. Dans une perspective sociocritique et sociologique, l’auteur démontre que les proverbes verbalisent les personnages des récits dans l’ultime but de les recadrer et d’influencer leurs conceptions et compréhensions pour leur socialisation. L’intertexte parémique participe, alors, à l’amélioration des attitudes controversées et sert de prétexte à un retour à l’éducation des individus de la société. À travers cette écriture de traverse, il découvre les sentiers d’une esthétique plurielle qui se veut militante en œuvrant à l’inclusivité des arts et en occupant une place de choix au cœur des débats dans les sociétés.
Si cette partie interroge les défis à relever par les producteurs des textes oraux face aux nouveaux paradigmes de la société moderne, c’est autour des enjeux didactique et pédagogique traditionnelle de la parémiologie dans le monde contemporain que les neuf (9) contributeurs dont les articles figurent dans la troisième partie de l’ouvrage ont axé leur réflexion.
La première contribution de cette troisième partie de l’ouvrage est celle de Lucien Kouamé KOUADIO. Selon lui, soucieux du bien-être de son prochain, l’Africain, par le biais de ses proverbes, enseigne des valeurs comme l’équité, le respect de l’ordre social, la cohésion, l’unité, l’harmonie et le vivre-ensemble, etc. Il précise, par ailleurs, dans son étude, que ces vertus, autrefois, sacrées, constituaient les principes fondamentaux qui régissaient les sociétés africaines. Aujourd’hui, révèle-t-il, avec l’avènement de la mondialisation, c’est-à-dire l’accélération des échanges et des interactions entre les différentes parties du monde, les conflits d’intérêts économiques priment au détriment de la paix et de la survie de l’humanité. Témoin d’un monde en perpétuels conflits, fragilisant ainsi, la paix mondiale, l’auteur pense qu’il faut avoir recours aux canaux ancestraux tels que les proverbes africains, gages de sagesse pour une rééducation de la société actuelle.
La deuxième contribution produite par Brahima KONÉ envisage, elle, de saisir le proverbe malinké dans sa dimension esthétique en vue de l’appréhender comme un moyen d’expression des réalités sociales de ce peuple. La réflexion de cet auteur résulte, en effet, d’un questionnement de ce genre dans ses fondements esthétiques, à savoir : Quels phénomènes littéraires président à l’assise esthétique des énoncés proverbiaux malinké ? En quoi sont-ils l’expression des réalités sociales de ce peuple ? En convoquant les méthodes d’analyse ethnolinguistique et stylistique, cette analyse révèle que chaque formule proverbiale malinké est un discours de vérité d’ordre général dont l’esthétisme et la valeur expressive résident dans ses déploiements formel et sémantique.
Totalisant trois (3) articles, cette dernière étape de l’ouvrage s’ouvre sur l’analyse de Fidèle BONOU qui porte sur les proverbes malinké, véritables canaux, selon l’analyste, de vulgarisation des droits de l’homme. Dans son étude, Fidèle BONOU présente, de prime abord, le peuple malinké, occupant principalement le Nord de la Côte d’Ivoire, organisé en sociétés subdivisées en tribus et clans. Il y fait découvrir, ensuite, que ces clans et tribus répondent à des règles bien établies à respecter afin de permettre à tous ses membres de vivre dans la paix et la dignité. Dans le but de véhiculer ces valeurs et les pérenniser, la sagesse malinké les a, ainsi, incorporées, selon l’auteur, aux proverbes, arts verbaux populaires imbibés de bon sens que la conscience vénérée malinké manie avec dextérité. Il poursuit, enfin, son argumentation en montrant que ces valeurs sont aussi celles que distillent les droits de l’homme dont l’objectif est de voir un monde pacifié où tout contribue à l’édification de la personne humaine.
Pour sa part, Modou Fatah THIAM part de l’opinion conçue sur un fond d’ignorance de certaines gens qui pensent que la société africaine n’est pas assez structurée pour prendre en charge les questions relatives à la notion de droit et de justice, à cause de l’oralité qui la caractérise. Ces personnes estiment, en outre, que la littérature orale a peu d’importance. Le contributeur soutient, en revanche, que cette littérature qui se fonde sur le passé, dispose de tous les outils nécessaires et efficaces pour gérer le présent et appréhender le futur. Le proverbe étant encore considéré comme un genre mineur à cause de sa brièveté, on peut se demander s’il ferait allusion à la notion de droit et de justice qui aurait garanti la paix et la stabilité sociale dans le monde moderne. Son article se propose alors de montrer, pour infirmer ces allégations, que le discours proverbial, très exhaustif, accorde une place de choix au droit qui est indispensable à l’existence de toute société.
Dans la même veine, Brigitte Charleine Bosson épouse BARRAU et Sévérin Kaménan KINIMO rappellent l’importance du droit et son impact sur la société, connus de tous. Selon eux, le droit œuvre à la protection des hommes pour l’harmonie sociale. Les proverbes africains, soulignent-ils, font usage de certaines images qui confirment qu’ils ne restent pas en marge de la défense des droits de l’homme. S’appuyant sur la sociocritique et la stylistique pour atteindre l’objectif qu’ils se sont assigné, l’étude qu’ils mènent suscite la problématique qui suit : Comment les proverbes africains contribuent-ils à la défense des droits de l’homme ? Au terme de leur investigation, ils en sont parvenus aux résultats selon lesquels les proverbes africains défendent le droit des hommes qui, dans la société, s’observent sous plusieurs angles : ces énoncés parémiques défendent ainsi le droit à la vie, le droit à la liberté de s’exprimer, le droit à la liberté sociale, le droit à la santé, le droit à l’éducation, le droit à la justice, le droit à la non-discrimination, le droit au travail, etc.
La réflexion de Boukary BORO aborde, en ce qui la concerne, la problématique de la transmission des valeurs culturelles dans les sociétés à tradition de parole et interroge le rôle du proverbe dans la perpétuation de l’héritage culturel dans ces sociétés. L’étude s’appuie sur un a priori de base qui considère le genre proverbial comme un creuset important et intergénérationnel de conservation et de diffusion de divers contenus patrimoniaux à disposition des sociétés de tradition orale. Pour vérifier cette hypothèse, l’étude de ce contributeur analyse un corpus de proverbes africains, issus de recherche de terrain et de lecture, sous un angle à la fois anthropologique, ethnolinguistique et pragmatique. Son analyse permet d’aboutir aux résultats suivants : le proverbe est constitutif d’un art de parler, considéré comme un support véhiculaire d’une sagesse populaire et séculaire, fruit de longues et nombreuses expériences éprouvées et de l’observation de la vie. Ce statut du proverbe en fait, alors, un vecteur d’enseignement et de transmission de différentes valeurs indispensables à la vie individuelle et sociale, exprimant et transmettant, ainsi, quotidiennement, les règles de conduite individuelle et collective, les normes sociales, la vision du monde, les savoirs locaux, etc.
Analysant la parémie comme un élément de didactique et de pédagogie traditionnelle dans le monde moderne, Amoin Laurentine YAO épouse KOUAKOU, souligne qu’en tant qu’un art verbal, le proverbe fait partie des principaux genres de la littérature orale. Issue du tréfonds de la tradition africaine, la parémie regorge, selon elle, plusieurs valeurs de société, qui, dans ces temps modernes, peuvent servir de base dans l’éducation des populations. Creuset d’enseignements de tous genres, elle est, constate-t-elle, un élément de didactique et de pédagogie traditionnelle, à mettre au profit du groupe social. Genre atemporel, le proverbe est encore d’actualité, car il demeure un instrument de moralisation.
Dans une perspective voisine, Mamadou Hady BA et Mamadou Tahirou DIALLO, se fondant sur la sociocritique, explorent, dans L’aîné des orphelins de Tierno Monénembo, la manière par laquelle le langage proverbial est intégré à la trame narrative et les fonctions qu’il y assume. Ils constatent, ce faisant, que les proverbes ancrent le récit dans l’espace rwandais ainsi que le suggère le paratexte. En effet, à ce niveau du récit, affirment les analystes, le romancier convoque un énoncé parémique rwandais. Dans la fiction, les proverbes sont énoncés directement par le narrateur qui, dans certains cas également, les restitue au moyen du discours indirect ou du discours direct. Il va sans dire qu’ils assument, dans cette fiction, conformément à la vérité qu’ils renferment, une fonction didactique. Constituant la source d’inspiration de Faustin le jeune narrateur du roman, ces proverbes délivrent alors, selon ces auteurs, une leçon de vie.
Kanté Mouctar MAMADOU consacre, quant à lui, son étude au proverbe peul du Fouta-Djalon qui, tout comme les autres proverbes des autres sociétés africaines, est un court énoncé donnant, souvent, des leçons de morale. Toutefois, il souligne, dans son analyse, que ce genre oral, au même titre que les autres genres de la littérature, prend en charge les réalités et les préoccupations sociales. De ce fait, le proverbe peut contenir, retient-il, des aspects permettant de définir le groupe social qui l’a inventé et le milieu de vie de ce dernier. Cette identité socio-spatiale s’affiche par l’évocation des activités, des coutumes et traditions mais aussi des éléments écologiques propres au lieu d’habitation. Aussi le proverbe peul du Fouta-Djalon donne-t-il des leçons pour préparer l’individu aux aléas de la vie, éveiller sa conscience et l’humaniser. Cette fonction didactique du proverbe se traduit, selon l’auteur, par une mise en garde, une interdiction des vices et une recommandation des vertus pour améliorer les relations entre les humains.
Les proverbes en nawdm, une langue gur du Togo, est l’objet d’étude de Gawa DJAHEMA. Dans sa contribution, cet analyste, après avoir collecté les proverbes à Siou-Koukou, en novembre 2024 et en février 2025 et suivant les objectifs poursuivis qui sont entre autres d’identifier les proverbes dans cette variante et de faire leur analyse sémantico-pragmatique, les regroupe en plusieurs types à partir de leur profondeur sémantique, utilisée dans des contextes précis. Il montre, pour ce faire, comment les animaux, la végétation, les êtres humains et d’autres réalités de la vie sont utilisés pour transmettre différents messages à travers ces proverbes.
L’étude sur la parémie : un moyen didactique et pédagogique moderne est la contribution de Akissi Kan Micheline KOUAKOU et Bahonon Ruth Pascale OYOUROU épouse KONAN. Constituant le dernier article de cette partie de l’ouvrage, l’argumentation qu’il développe part du constat que la parémie, autrefois réservée exclusivement aux élites traditionnelles, se voit, aujourd’hui, comme une valeur culturelle qui doit être préservée et divulguée dans toutes les classes sociales. L’avènement de la modernité conduisant les sociétés traditionnelles à se réinventer dans l’optique de conserver leur patrimoine culturel, l’usage du proverbe, dans la société moderne, requiert les moyens pédagogiques adéquats afin de faciliter son enseignement et son apprentissage. C’est le sens de leur analyse qui permet ainsi de montrer, à travers l’anthropologie et l’ethnolinguistique, que le proverbe constitue une richesse culturelle indispensable à l’éducation. Discipline nouvelle dans les programmes d’enseignement, de l’avis des auteures, et en dépit des avantages liés à l’enseignement de ce genre littéraire, des difficultés intrinsèques et extrinsèques demeurent au sujet du proverbe dans le projet consistant à en faciliter la compréhension et l’apprentissage auprès des apprenants. La conservation du proverbe, patrimoine culturel, oblige alors à œuvrer à sa valorisation et à sa divulgation.
« Mise en garde », « interdiction des vices » et « recommandation des vertus » faisant écho dans le message véhiculé par le proverbe, appréhendé comme un élément de didactique et de pédagogie dans le monde contemporain, plongent le discours parémique dans des considérations juridiques qui reconnaissent l’existence de droits et de devoirs dans les rapports entre les humains et dans leurs relations avec les prescriptions ou les lois en vigueur dans les sociétés, aussi bien traditionnelles que modernes. Ce lien entre la parémiologie et les Droits de l’homme constitue ainsi la branche principale autour de laquelle se brodent les différentes contributions consignées dans la quatrième partie de l’ouvrage.
Les contributions rangées dans les différents axes ou parties qui composent le présent ouvrage indiquent clairement que la parémiologie entretient un lien aussi bien avec la littérature orale et écrite que les arts. Cette ouverture de la parémiologie à d’autres champs du savoir fait de la parémie un véritable outil de didactique et de pédagogie traditionnelle au service du monde contemporain ; monde régi par l’omniprésence et l’omnipotence des produits du numérique, interrogeant ainsi les messages que véhicule l’énoncé proverbial à la lumière des droits de l’homme.
Enfin, cet ouvrage collectif a pour but de rendre hommage à un Enseignant – Chercheur émérite, un Professeur Titulaire en Littérature Orale, l’un des pionniers de l’enseignement, en Côte d’Ivoire, de la Parémiologie en tant que discipline et, surtout, en tant que science humaine et sociale intégrée à la Littérature Orale : il s’agit de Professeur Yao Jérôme KOUADIO qui a fait de la reconnaissance et de la promotion de cette discipline son cheval de bataille. Dans cette perspective, il a publié des ouvrages comme :
- Les Proverbes baoulé (Côte d’Ivoire) : types, fonctions et actualité (en 2004 et 2012) ;
- Autopsie du fonctionnement du proverbe ( 2007) ;
- Ainsi parle Sran Blé main ou l’Afrique noire (2015 et 2017).
Jacques Raymond Koffi KOUACOU
Professeur des Universités
Professeur Titulaire en littérature orale
Université Alassane OUATTARA (Côte d’Ivoire)
Axe 1: La Parémiologie, la Littérature et les Arts (Fiction, Roman, Musiques, Contes, Proverbes, Mythes, Épopées, Légendes, Théâtre, Cinéma, Peinture, Poésie, etc.)
1- BERTÉ Cheick Idriss
2- GBOGBOU Abraham & TOUMAN Kouadio Hyppolite
3- GOUDIABY Yaya Sédar
4- KPANGUI Kouassi
5- N’GORAN Honoré Kouassi
6- OUATTARA Gnélé Mariame
7- THIAO Mbaye
Axe 2: La Parémiologie, une science trans – à l’ère du numérique
8- DJAHEMA Gawa
9- ENIGNI Egni Stéphane Dieudonné
10- KOUADIO Mafiani N’Da
11- SENY Ehouman Dibié Besmez
Axe 3: La Parémie, éléments de didactique et de pédagogie traditionnelle dans le monde contemporain
12- BA Mamadou Hady & DIALLO Mamadou Tahirou
13- BORO Boukary
14- COULIBALY Moussa
15- KONÉ Brahima
16- KOUADIO Lucien Kouamé
17- MAMADOU Mouctar Kanté
18- YAO Amoin Laurentine épouse KOUAKOU
19- KOUAKOU Akissi Kan Micheline & OYOUROU Bahonon Ruth Pascale Epse KONAN
Axe 4: La Parémiologie et Droit de l’homme
20- BONOU Fidèle
21- KOUAKOU Brigitte Charleine Bosson Épse BARRAU & KINIMO Sévérin Kaménan
22- THIAM Modou Fatah
Présentation des contributeurs au projet d'ouvrage
Les contributions réunies dans cet ouvrage s’inscrivent en prélude au colloque en hommage au Professeur KOUADIO Yao Jérôme, initiateur de la parémiologie comme science dans le monde universitaire.
Ces contributions visent en fait à mettre en avant l’importance de la parémiologie, une discipline rendue scientifique par le Maître dans toutes les universités nationale et internationale, dans une société à visages pluriels.
L’étude du proverbe conduit à promouvoir, vulgariser et transmettre le patrimoine culturel immatériel des traditions orales des différents peuples qui l’exploitent
Puissent ces quelques textes proposés et dont la diversité des approches et des auteurs (dramaturges, sociologues, littéraires) contribuer aux discours des Enseignants-chercheurs, des Chercheurs, des Étudiants et des Professionnels dans une perspective d’appropriation de ce genre littéraire.
Ont coordonné à ce projet :
SENY Ehouman Dibié Besmez, oraliste, Enseignant-chercheur (Maitre -Assistant) à l’Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle (INSAAC), Abidjan, Côte d’Ivoire et initiateur principal de l’ouvrage collectif, assuré des fonctions administratives dans une université privée en Côte d’Ivoire où il est le Directeur Général par Intérim. Titulaire d’un doctorat en Lettres Modernes, option Traditions et littératures orales, il s’investit dans les recherches postdoctorales qui lui valent la publication de nombreux articles scientifiques et ouvrages. Il est auteur de plusieurs livres.
BORO Boukary est enseignant-chercheur, maître de conférences à l’Université Lédéa Bernard OUÉDRAOGO, au Burkina Faso. Titulaire d’un doctorat de littérature orale de l’université Joseph KI-ZERBO, et d’un doctorat d’anthropologie de l’université Sorbonne Nouvelle Paris 3, ses domaines de recherche intéressent principalement l’oralité et l’anthropologie linguistique. Il est actuellement le directeur de l’Institut de Formation et de Perfectionnement aux Métiers de l’université Lédéa Bernard OUÉDRAOGO.
KOUAKOU Brigitte Charleine Bosson Épse BARRAU est de nationalité ivoirienne, née le 03 juin 1982 à Andé. Elle est Maître Assistant à l’université Pelefero Gon Coulibaly précisément à l’UFR Des Lettres et des Arts, au département de Lettres Modernes, Option: Littérature Orale
Ont contribué à cet ouvrage :
Ehouman Dibié Besmez SENY (Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle- Abidjan), Boukary BORO (Université Lédéa Bernard OUEDRAOGO-Burkina Faso), Charleine Brigitte Bosson KOUAKOU Épouse BARRAU & Sévérin Kaménan KINIMO (Université Peleforo Gon COULIBALY-Korhogo), Mouctar Kanté MAMADOU (Université Gaston Berger-Saint Louis), Lucien Kouamé KOUADIO (Université Alassane OUATTARA-Bouaké), Mamadou Hady BA & Mamadou Tahirou DIALLO (Université de Labé-Guinée), Modou Fatah THIAM (Université Gaston Berger-Saint Louis), Amoin Laurentine YAO épouse KOUAKOU (Université Alassane OUATTARA-Bouaké), Abraham GBOGBOU (École Normale Supérieure d’Abidjan) & Kouadio Hyppolite TOUMAN (Université Alassane OUATTARA-Bouaké), Honoré Kouassi N’GORAN (Université Alassane OUATTARA-Bouaké), Yaya Sédar GOUDIABY (Université Assane Seck-Ziguinchor), COULIBALY Moussa (Université Assane Seck-Ziguinchor), Fidèle BONOU (Université Alassane OUATTARA-Bouaké), Gnélé Mariame OUATTARA (Université Alassane OUATTARA), Kouassi KPANGUI (Université Alassane OUATTARA-Bouaké), Cheick Idrissa BERTÉ (Université Alassane OUATTARA-Bouaké), Mafiani N’Da KOUADIO (Université Félix Houphouët-Boigny-Cocody), Brahima KONÉ (Université Peleforo Gon COULIBALY-Korhogo), Djahéma GAWA (Université de Kara-Togo), Egni Stéphane Dieudonné ENIGNI (Université Félix Houphouët-Boigny- Cocody), Mbaye THIAO (Université Cheick Anta Diop-Dakar), Akissi Kan Micheline KOUAKOU & Bahonon Ruth Pascale OYOUROU (Université Alassane OUATTARA-Bouaké).
